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Papers in French

From English: Marcel Charbonnier

Le mur de séparation et le mythe de la gauche israélienne
par Gilad Atzmon
10.07.2004
http://www.gilad.co.uk

Depuis les premiers jours du sionisme, la prétendue polarité entre sionisme de droite et sionisme de gauche est plus que problématique.

En matière de sionisme, bien malin l'ornithologue qui distinguera la colombe du faucon ! C'est Ben Gourion, dirigeant travailliste légendaire, qui a dirigé l'épuration ethnique de la population indigène de la Palestine, en 1948. C'est Menahem Begin, faucon légendaire, qui a signé l'accord de paix avec l'Egypte, en 1977. C'est Rabin, ministre travailliste de la défense, qui donna l'ordre à la soldatesque israélienne de briser les os des Palestiniens (lors de la première Intifada). Et voilà qu'aujourd'hui, le mouvement israélien « La Paix Maintenant » soutient le projet de retrait unilatéral de Sharon. Nombre d'anciennes colombes soutiennent le mur de séparation : cela n'a absolument rien d'étonnant lorsqu'on sait que c'est Haim Ramon (un ministre travailliste) qui eut, le premier, l'idée de le construire.

Tout bien considéré, les pacifistes israéliens sont des adeptes de la « solution » à deux Etats. Plus que la Paix, ce qu'ils aiment par-dessus tout, c'est qu'on leur foute
la paix.

Il convient de nous poser la question de savoir s'il existe une différence réelle entre a) la gauche israélienne et b) la droite israélienne. Cela fait bien des années que beaucoup de commentateurs spécialisés dans la politique moyen-orientale soulèvent cette question. En fait, la polarité israélienne gauche / droite n'est pas autre chose qu'un concept virtuel. Dans son livre « Le mur de fer » [The Iron Wall], Avi Shlem affirme que dans les faits, c' est dès les années 1930 que les dirigeants de la « gauche » israélienne ont adopté une philosophie de droite pure et dure.

Un article publié, voici quelques jours de cela, par le spécialiste israélien de science politique Neve Gordon, explique l'alliance en cours d'émergence entre le mouvement La Paix Maintenant et Sharon. Voici ce qu'il dit : « En matière d'idéologie militariste, certains éléments, au sein de La Paix Maintenant, ont une position similaire, en bien des points, à celle de Sharon. » D'après Gordon, toujours, La Paix Maintenant soutient, de fait, une interprétation nationaliste sioniste outrageusement « anti-universaliste ». A ce propos, il est crucial de mentionner que même Uri Avnery et le mouvement Gush Shalom, qui expriment (aujourd'hui) les positions les plus humanistes de la population juive israélienne, soutiennent la « solution » à deux Etats. De fait, ils avancent l'argument qu'il faut séparer les deux peuples.

Apparemment, le seul vrai débat, au sein de la gauche israélienne, porte sur la hauteur la plus appropriée du mur de séparation !

S'il s'agit là des « colombes » israéliennes, est-il besoin d'aller chercher plus loin des fomenteurs de guerre juifs ?

Ceci étant, y a-t-il la moindre différence entre la droite et la gauche, en Israël ? Je dirais que, si tant est que cette différence existe, elle est avant tout de nature culturelle. Il s'agit plus d'une façon de s'exprimer et de mode vestimentaire que d'un véritable antagonisme philosophique ou idéologique.

Bien que les différences idéologiques entre les deux camps soient micrométriques, il est très important de bien comprendre qu'en réalité, ce sont les pratiques de la gauche israélienne qui sont, et de loin, les plus dommageables pour les intérêts des Palestiniens.

Tandis que la gauche israélienne pousse dans le sens d'une transformation de la Palestine en une liste de cantons isolés du type « bantoustan » (Barak, à Camp David), ce sont les visées expansionnistes de la droite israélienne qui conduisent tant les Israéliens que les Palestiniens à la prise de conscience de la réelle possibilité de la création d'un Etat unique.

Il semble qu'au sein du discours interne à la gauche israélienne, les pacifistes juifs s'identifient avec la laïcité, la rationalité et le bon sens. A leurs yeux, ces éléments sont constitutifs de la voix de la raison. Ils ont tendance à affirmer que le sionisme de droite est de nature messianique, et ils se plaisent à le ranger dans les catégories de l' irrationalité et de la déraison.

En réplique, les sionistes de droite ont tendance à affirmer qu'étant donné « la menace très réelle qui pèse(rait) sur l'existence de l'Etat d'Israël », le comportement de la gauche est irrationnel, voire même suicidaire.

Permettez-moi d'affirmer haut et fort que, dans le contexte général des paramètres du débat sioniste, l'argument des sionistes de droite est tout à fait rationnel.

A l'instar des Palestiniens, les sionistes de droite ont remarqué que les sionistes de gauche n'avaient pas la moindre intention de prendre en considération la cause palestinienne. Le camp de la gauche israélienne n'a jamais reconnu l'expulsion en masse de la population palestinienne, en 1948. Elle dénie aux réfugiés Palestiniens leur droit au retour et elle élude la question de Jérusalem.

Dans la pratique, la gauche israélienne ne soutient la paix avec les Palestiniens qu'à partir du moment où ceux-ci sont relégués dans le désert.

De plus, si nous examinons de plus près la philosophie du sionisme de gauche, nous constatons qu'il n'est pas moins messianique et irrationnel que son jumeau de droite. Même si nous acceptions l'hypothèse baroque que les juifs constituent une nation et qu'ils ont légitimement droit à un territoire, cela n'impliquerait pas nécessairement que ce territoire dût se situer en Palestine (Sion).

Tiens, c'est d'ailleurs le sionisme de gauche qui a inventé la notion de la colonisation de Sion ? ! ? C'est le sionisme de gauche qui a transformé la Bible, de texte spirituel en titre de propriété (une sorte d'extrait de cadastre). Si ce n'est pas là du messianisme, alors, redéfinissons ce terme, d'urgence !

Etant donné que c'est le sionisme de gauche qui a inventé la notion de « rédemption de la terre », les colons américains qui envahissent la Cisjordanie au nom de leur Dieu juif sont, en pratique, les authentiques adeptes de la chapelle sioniste de gauche.

Dans ces conditions, où le débat politique se situe-t-il, précisément ? Apparemment, au cours de la décennie passée, les Israéliens de gauche ont amendé leur vision du monde. Aujourd'hui, ils continueront à vous dire qu'il faut rédimer la terre de Sion mais ils auront tendance à être beaucoup plus souples en matière de définition du territoire israélien.

Tandis que la droite évoquera avec enthousiasme le rachat de la totalité du grand Israël, les sionistes de gauche ont adopté, depuis quelque temps, une position plus modéré sur la question.

Pour le pacifiste israélien moyen, Israël se trouve là où il vit, c' est-à-dire : à l'intérieur des frontières de 1967. Le pacifiste vous expliquera en roulant les yeux qu'il y a évidemment de la place pour les deux peuples sur ce territoire (dès lors qu'il habite à Tel Aviv et que les Palestiniens restent terrés à Gaza). Il vous proposera d'ériger un mur de séparation, et de déchirer la Terre Sainte en une poignée de confettis bantoustanesques.

Bien sûr, il restera aveugle à une réalité qui pourtant crève les yeux : l' immense majorité des Palestiniens sont, de fait, des réfugiés dépossédés de tout. Ces peaceniks vivent dans le déni absolu du présent des Palestiniens. Et, surtout, de leur passé. Ils se satisfont d'une vague idée de « paix », dès lors que ce sont eux qui en dictent les termes et en fixent les conditions.

Assez curieusement, c'est exactement la philosophie que suit Sharon, avec son retrait unilatéral (de Gaza.)

Lorsqu'on veut analyser le comportement de Sharon, il convient de se rappeler que ce gros homme a lui-même été élevé au sein du sérail de la gauche israélienne. A l'image de ses mentors, Sharon a adopté une doctrine militaire offensive. Il croit fortement dans la force de dissuasion israélienne. Il croit plus à un Etat juif démocratique qu'à un Etat de tous ses citoyens. Il pense que c'est à Israël qu'il revient de dicter le sort de l'ensemble de la région.

Voilà quelles sont les motivations de son retrait unilatéral. Voilà ce qui l 'amène à construire son mur de séparation. C'est l'essence du sionisme de gauche, coulée dans le béton !

Cela nous amène à prendre conscience du caractère paradoxal du contexte politique en Israël. Tandis que la gauche adopte l'interprétation la plus radicalement nationaliste et suprématiste du sionisme, c'est en fait la philosophie expansionniste juive de droite qui fait progresser Israël vers la seule solution possible : la solution à un seul Etat.

Dans les faits, ce sont les colons venus de Brooklyn qui vont contribuer à aider les Palestiniens à créer une société multiculturelle dans l'ensemble de la Palestine. Ce sont les zélotes juifs américains qui sont en train de transformer ce doux rêve en réalité. C'est en cela que les colons jouent un rôle absolument vital, en donnant un futur à la Palestine. On le voit : la solution à un seul Etat est la seule option envisageable, désormais.

« Not in my name ! » « Pas en mon nom ! » - Une analyse de la rectitude juive
par Gilad Atzmon

13.06.2004
atz@onetel.net.uk
http://www.gilad.co.uk/html%20files/notin.html

« Il n’y a pas des juifs anglais, des juifs français, des juifs allemands ou des juifs américains. Il n’y a que des juifs vivant qui en Angleterre, qui en France, qui en Allemagne, qui en Amérique… »
[Chaim Weizman, aout 1897 – Adresse au premier congrès sioniste.]

Les sionistes, je connais. Je sais qu’ils représentent la plus grave menace pour la paix du monde. J’affirme qu’ils sont des criminels de guerre, je me bats contre eux et j’essaie de les mettre K.O.. J’écris sur eux, je compose de la musique contre eux, mais je comprends leur logique. Je connais toutes leurs astuces ; je sais exactement ce qu’ils veulent. Je consacre toute mon énergie à les contrer.

En revanche, je ne comprends absolument pas les gens qui combattent le sionisme au nom de leur identité juive non religieuse. Je n’ai jamais pu les comprendre, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je n’ai jamais vraiment compris ce que la laïcité pouvait bien signifier, pour des juifs ? Font-ils allusion à un trésor caché de philosophie juive laïque éthique ? J’ai toujours échoué à comprendre ces juifs laïcs qui clament « pas en notre nom », ceux qui affirment être « athées » et « humanistes des Lumières », mais qui, en même temps, se font les interprètes d’une étrange fraternité tribale. Ils sont légion : les juifs pour la paix ; les juifs pour la Palestine ; les juifs contre l’oppression ; les juifs pour les droits de l’homme ; les juifs marxistes ; les juifs pour ceci ; les juifs pour cela ; et patati ; et patata… Bien plus souvent qu’à mon tour, ils viennent me demander mon soutien. Bien entendu, je partage la plus grande partie, voire la totalité, de leurs points de vue humanistes, mais je me vois dans la pénible obligation de les rembarrer. Je ne comprends pas pourquoi ils choisissent d’agir en se protégeant sous une ombrelle aussi bizarrement clanique ou aussi claniquement bizarre… Si la paix est tellement importante pour eux, pourquoi en faire un truc marginal ? Si les droits de l’homme sont un objectif universel, pourquoi ne pas se battre pour eux avec le reste de l’humanité ?

Confrontés à mon criticisme, ils avancent sempiternellement les deux arguments suivants :

1) Ils disent qu’étant juifs, leurs opinions en paraissent renforcées ;

2) et ils disent qu’à la lumière des crimes commis par le sionisme au nom du peuple juif, cela a du sens, de prouver au monde qu’en fait, il y a un peu plus qu’une poignée de « bons juifs » dans les parages.

Le premier argument est faible, et contre-productif pour la cause qu’il s’imagine défendre. En fait, avancer un tel piètre argument revient à admettre un certain degré de malhonnêteté intellectuelle. Si nous croyons sincèrement à la transparence d’une argumentation rationnelle, alors nous devons admettre que la provenance ethnique de celui qui avance cet argument n’a aucune incidence sur sa validité. Conséquemment, le fait d’être juif ne garantit en rien contre des fautes de logique. Si le sionisme est catégoriquement mauvais (ce qu’il est), alors, l’appartenance raciale / ethnique de ses détracteurs n’a absolument aucune importance.

A première vue, le second argument semble plus convaincant. Les juifs de gauche affirment, occasionnellement, que le sionisme entache la juiverie mondiale par son activité criminelle continuée. La logique sous-jacente à une telle affirmation est des plus triviales. D’un côté, le sionisme veut se faire passer pour la voix officielle du peuple juif. De l’autre, le sionisme est engagé jour après jour dans de très graves crimes de guerres et autres atrocités. La synthèse des deux attitudes conduit à la conclusion que la juiverie mondiale est criminellement et juridiquement responsable des crimes sionistes. Théoriquement parlant, ceux des juifs qui refusent d’endosser cette responsabilité on plus d’un titre à s’élever contre le sionisme. Usuellement, ils recourent à la stratégie du « pas en mon nom » ; parfois ils se définissent comme des « juifs humanistes », voire même des « juifs pour la paix ». Superficiellement, leurs actions semblent nobles ; en réalité, ce sont ces actions qui sont, de par elles-mêmes, problématiques. En disant « pas en « mon » nom », ils collent aux autres juifs l’étiquette de complices des crimes sionistes. Je vais m’efforcer d’éclaircir ce point.

Nous devons nous demander si le fait que le sionisme prétend représenter l’expression officielle du peuple juif suffit à faire de la juiverie mondiale une bande de criminels de guerre ?

Le fait que X prétende être le porte-parole officiel d’Y est très loin de suffire à faire de X cette voix elle-même. Par conséquent, le fait que X commette des crimes ne suffit pas à rendre Y suspect de crime. Semblablement, le fait que le président Bush junior ait affirmé représenter la voix de la démocratie occidentale, ne l’a pas transformé en voix de la démocratie occidentale. Il en découle que les citoyens ouest-européens ne sont pas criminellement responsables des atrocités de Bush en Irak ou en Afghanistan. Dans la pratique, c’est le silence imposé par les grandes démocraties leaders qui ont fait de l’auto-intronisation de Bush une pochade. Le monde occidental a acheté son innocence en évitant d’entrer dans un débat avec l’axe du Mal anglo-saxon émergent. Alors que le sionisme, dès son apparition, s’est arrogé le droit de parler et d’agir au nom du peuple juif, ce sont en réalité les rebelles qui critiquent sporadiquement le sionisme au nom de leur identité juive séculière qui affirment l’agenda sioniste « totalitaire ». De façon tout à fait étrange, c’est la gauche juive qui fait du sionisme la voix officielle du peuple juif…

Je sais que cela semble bizarre… Mais je vais m’efforcer d’illustrer ce point.

Deux faits transparaissent, dans la déclaration « pas en mon nom » :

1) Il s’agit d’un énoncé personnel. En déclarant « pas en mon nom », on affirme la totalité de cela même à quoi on entend s’opposer. En réalité, ce que l’on dit, c’est : « Bien que X [le sionisme, le gouvernement Blair, l’Amérique de Bush, etc.] soit légitimement fondé à agir en mon nom, je (moi-même) exige d’être exonéré. » Cette logique est universelle ; elle n’est pas propre au sionisme. Quand un citoyen britannique crie « pas en mon nom ! », il approuve pour l’essentiel la complicité de tout le reste de la population britannique avec les crimes de Blair en Irak. « Pas en mon nom ! » est une exigence naïve de ne pas endosser sa part de responsabilité. C’est la recherche d’une échappatoire. Quand on connaît l’ampleur des crimes des sionistes ou de Blair, cela peut se comprendre. Néanmoins, cela semble être plus une manœuvre opportuniste qu’une opposition idéologique mûrement réfléchie.

2) Dès lors que « pas en mon nom ! » est un appel personnel, individuel, il ne saurait en aucun cas générer l’élan nécessaire pour induire un changement politique réel. Dans le cas du sionisme, le « pas en mon nom ! » garantit que les rebelles juifs de gauche resteront à jamais dans les marges. Tandis que le sionisme s’investit lui-même du pouvoir de s’exprimer au nom du peuple juif, son opposition juive ne pourra jamais dépasser le stade de quelques poches isolées de résistance purement théorique et idéologique. « L’individualisme éclairé a peut-être bien quelque chose d’héroïque, mais il finira toujours par échouer à renverser un mouvement politique puissant et jusqu’ici victorieux. »

Et voilà : nous nous retrouvons gros Jean comme devant, avec un tableau tout ce qu’il y a de plus déprimant. C’est le juif éclairé, de gauche, qui intronise le sionisme en expression du peuple juif. Aussi sommes-nous fondés à considérer que tous les juifs – à l’exception de Moishe, d’Yitzhak et de Yanke, lesquels apparemment ont apporté la preuve qu’ils étaient bien des « militants juifs de la paix », des « enthousiastes juifs des droits de l’homme » ou des « juifs marxistes », etc. – soutiennent les crimes sionistes, ou en sont au minimum complices. Bien que j’aie peut-être l’air d’être en train de blâmer les « bons juifs » afin d’enfoncer le clou du sionisme, je suis convaincu que ceux d’entre eux qui recourent à ce genre de méthode de résistance sont très loin de retors. Ils sont naïfs, c’est tout. Ils sont présumés n’avoir pas conscience des implications de leur attitude humaniste marginale. Sans aucun doute, ils ne comprennent pas qu’en luttant contre le sionisme au nom de leur propre identité juive, ils ne font en réalité que l’approuver. Une chose est sure : ils sont incapables de prendre conscience du fait que leur mode de résistance ne fait que contribuer à coller à l’ensemble du peuple juif l’étiquette de criminels de guerre.


La Naissance du Mal

Ici, nous sommes confrontés au piège minutieusement conçu par les premiers idéologues sionistes. Les sionistes se plaisent à affirmer que tout juif est sioniste, jusqu’à preuve du contraire. Jusqu’à il y a peu, je tombais moi-même régulièrement dans ce piège ; je défendais l’idée que tout juif se sentant mal à l’aise devant les crimes sionistes devait coûte que coûte l’affirmer publiquement. Ce n’est que tout récemment que j’ai pris conscience du fait que j’avais totalement tort. Exiger des juifs qu’ils rejettent le sionisme au nom de leur identité juive, cela revient à accepter l’idée d’une philosophie juive. Résister au sionisme, en tant que juif laïc, cela implique une acceptation de la terminologie sioniste de base, c’est-à-dire de rendre les armes devant la philosophie juive, nationaliste et raciste. Parler en juif, cela revient à rendre les armes à la philosophie sioniste de Weizman. Pour lui, « il n’existe pas des juifs anglais », mais plutôt : « des juifs, vivant en Angleterre ». Autrement dit : ce qui fait avant tout de vous un juif, c’est la race et la nation. Tout critère autre ( que ceux-là) ne saurait être que secondaire.

Force nous est d’admettre que nous n’avons jamais croisé sur notre chemin d’Allemand qui se qualifiât lui-même d’ « Aryen pour la paix », de même que nous ne connaissons pas de Russes qui se définissent comme « Slaves pour les droits de l’homme ». Remarquez bien que nous ne connaissons généralement pas, non plus, beaucoup de « marxistes celtes ». Ce genre de combinaisons sonnent joliment curieux, pour ne pas dire rigolot. D’une manière ou d’une autre, des titres politiques ou humanistes semblent déplacés lorsqu’ils précèdent ou suivent des étiquettes raciales. Par conséquent, se définir comme « juif marxiste » ou « juif pour la paix », cela ne pourrait apparemment que sonner bizarrement. Mais, dans une certaine mesure, ce n’est pas non plus le cas. Personne ne soulève un sourcil soupçonneux lorsqu’il rencontre un « juif pour les droits de l’homme ». Sans doute cela tient-il au fait qu’en ce qui concerne les juifs, la démarcation entre identité raciale et identité nationaliste est des plus ambiguë. Si nous voulons atténuer la bizarrerie inhérente à ces qualifications humanistes juives, nous devons laisser de côté l’interprétation raciste et réexaminer ces qualifications en y voyant des étiquettes nationalistes. Au moins, linguistiquement, cela ferait un peu plus sens. Nous pouvons concevoir aisément un marxiste allemand, ou un militant serbe de la paix. Il en découle que, si nous voyons dans l’identité juive une définition nationale, alors l’étiquette « juif pour la paix » ou « juif pour les droits de l’homme » fait sens. Nous ferions alors référence à la colombe ci-dessus en tant qu’homme nourrissant des opinions de gauche, et qui se trouve appartenir à la nation juive. Toutefois, il n’est nul besoin d’être un génie pour comprendre que, ce faisant, nous acceptons du même fait la notion de nationalisme juif. En d’autres termes, nous devenons des sionistes acharnés…

Les juifs ne sauraient critiquer le sionisme au nom de leur appartenance ethnique, car cette action reviendrait, de par elle-même, à approuver le sionisme. Pratiquement parlant, les juifs ne peuvent réellement s’opposer au sionisme tant qu’ils n’ont pas faite leur une vision du monde alternative, qui remette en question le totalitarisme sioniste.


Le totalitarisme sioniste

Tandis que le nationalisme est une célébration des différences entre les peuples, le nationalisme juif, lui, va un poil plus loin. Non contents d’être différents de toutes les autres nations, les juifs doivent de surcroît être différents d’eux-mêmes ! Idéologie totalitaire, le sionisme classifie et nomme toute forme, toute manifestation du phénomène juif. Tout juif a un rôle à tenir dans l’émergence de la révolution nationaliste juive. Pour l’essentiel, nous sommes en présence de deux pôles :

1) Le fin du fin du sioniste : un juif de par sa race, nationaliste, colonialiste, inspiré par la Bible, vivant sur une terre confisquée aux Palestiniens, de préférence dans une colonie, quelque part en Cisjordanie ;

2) Le fin du fin du juif haineux de lui-même : un juif laïc, cosmopolite, amoureux de la paix, inspiré par des visions humanistes, membre d’un couple mixte, vivant dans la Diaspora.

Si le premier représente le noyau dur pionnier de l’agenda politique sioniste contemporain – celui qui envahit les territoires palestiniens et perpètre quotidiennement des atrocités – c’est le second qui fait du sionisme un mouvement dynamique. C’est le « juif haineux de lui-même » qui fait fonction d’ennemi de l’intérieur. C’est lui qui se convertira (au sionisme) lors de la prochaine vague d’antisémitisme. C’est lui qui fait du sionisme une lutte éternelle pour le « salut des juifs ». Et, comme si cela ne suffisait pas, c’est lui, l’amoureux de la paix, qui apporte la preuve irréfutable que, profondément, quelque part, les juifs sont des enthousiastes de la paix et de grands humanistes.

Lorsqu’on examine ces deux pôles distincts entre eux, nous constatons que le peuple juif se trouve aujourd’hui dans un état de schizophrénie extrêmement sévère. Ce malaise est le carburant de la révolution sioniste ; c’est lui qui garantit que la lutte pour l’auto-définition ne connaîtra jamais de fin. A l’intérieur de cette lutte, le sionisme, en tant qu’expression du peuple juif, se positionne au-delà du débat lui-même. Le sionisme devient une forme d’idéologie méta-dialectique. C’est un médium d’activité, plutôt qu’un ensemble de manœuvres politiques.


Pourquoi cette question est-elle extrêmement préoccupante ?

J’entends souvent des gens se plaindre du fait que c’est la gauche juive qui domine la « campagne de solidarité avec les Palestiniens ». Je puis confirmer qu’en effet, beaucoup de juifs laïcs viennent me trouver, qui sont des militants pro-palestiniens très dévoués. Un nombre significatif d’entre eux admettraient fièrement qu’ils agissent au nom de leur judaïté. Il y a quelques jours, j’ai assisté à une manifestation de solidarité avec les Palestiniens, à Londres. Le fait que l’hébreu était la langue la plus parlée dans le théâtre où cette manifestation se déroulait avait quelque chose de profondément déprimant. En surface, la situation semble encourageante, comme si nous avions affaire à des gens intègres, aux valeurs humaines élevées. Mais la vérité est un petit peu moins héroïque. Mes amis palestiniens et d’autres partisans de la cause palestinienne m’apprennent que ce sont les juifs et la gauche israélienne qui définissent les limites du débat. C’est la gauche juive qui décide ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est juste et ce qui est faux. Ainsi, par exemple, la critique politique du sionisme est plus que bienvenue, tant que vous vous en tenez à une discussions socio-politique très limitée. La gauche juive adore dénoncer Sharon ou Pérès, mais toute comparaison entre le sionisme et d’autres manifestations du mal est interdite. Dès qu’une réelle remise en question du sionisme, en termes métaphysiques, est formulée, la police bien-pensante juive de gauche met immédiatement le holà. Résultat : les intellectuels et les artistes palestiniens sont tétanisés. Pour la plupart, ils sont terrifiés à l’idée que s’ils disent ce qu’ils pensent, les « bons juifs » vont immédiatement leur coller l’étiquette « antisémite ». Je profite de l’opportunité pour déclarer que la seule manière de mieux percer à jour le sionisme consiste à faire la lumière sur l’identité juive contemporaine. Le sionisme et l’identité juive ne sont pas aussi étrangers l’un pour l’autre que les juifs de gauche se plaisent à l’affirmer. Le sionisme n’est que la manifestation extrême de l’identité juive.

Le sionisme est l’incarnation de tous les aspects erronés de la pensée juive séculière. Il est raciste, il est nationaliste, il est inspiré par la Bible (et non spirituellement). Etant un mouvement fondamentaliste, le sionisme ne diffère pas fondamentalement du nazisme. Ce n’est que lorsque nous avons compris ce qu’est le sionisme, et son contexte nationaliste et raciste, que nous commençons à comprendre la profondeur de ses atrocités. Ce n’est que lorsque nous avons compris comment s’est produite la Nakba (l’épuration ethnique dont les Palestiniens ont été les victimes, en 1948) que nous comprenons les motivations de Ben Gourion, la popularité de Sharon et l’adhésion de Pérès à la notion sharonienne de la paix. Cela nous donnera même un aperçu de la moralité profondément dégradée de ce « bon juif » récemment parti à la retraite qu’est le Professeur Benny Morris.

Je ne doute pas un seul instant de la bonne volonté sincère de ceux qui combattent le sionisme au nom de leur identité juive. Je pense, en revanche, qu’ils n’ont pas assez réfléchi à la question. Dans la pratique, les juifs de gauche jouent le rôle de la feuille de vigne des sionistes, à leur insu. Dans la terminologie sioniste moderne, ils fournissent à Israël un puissant mur de défense intellectuel.


Alors : que faire ?

Très souvent, on me demande de définir la différence entre juifs et sionistes. Plus qu’à mon tour, on me blâme d’avoir critiqué les juifs, alors que je suis « supposé » critiquer les sionistes. Cette ligne de démarcation, entre juifs et sionistes, est primordiale pour les juifs « de gôche ». La raison est simple : ils veulent conserver leur identité juive séculière, tout en se dissociant de ce mal que le sionisme incarne.

Depuis des années, je ne parvenais pas à comprendre ce qu’il pouvait bien y avoir, dans l’identité des juifs, à quoi ils tenaient tellement. S’agissait-il de leur identité raciale, de leur identité nationale, ou simplement de leur amour pour le bouillon de poulet avec des boulettes de maza ? D’un autre côté, je puis comprendre les groupes juifs religieux, qui fondent leur critique du sionisme sur les lois religieuses et les préceptes moraux du judaïsme. Je soutiens totalement le programme politique résolument antisioniste des Neturei Karta. Mais lorsqu’il est question des juifs laïcs, alors là : je suis perplexe. Certains d’entre eux affirment, en levant les yeux au ciel, que c’est plus Hitler que Moïse qui a fait d’eux des juifs. Ce qu’ils expriment – mal – c’est que pour eux, être juif est plus une question d’étiquette ethnique plus qu’une affirmation spirituelle – cela a quelque chose à voir avec la cuisine yiddish, avec leur amour de l’humour juif, voire même avec le fait d’allumer des chandelles, une fois l’an.

Ce n’est que récemment que j’ai pigé en quoi réside le vrai problème. Les juifs « pas en mon nom » sont convaincus que la paire juifs / sionistes constitue une opposition binaire. Ils tentent de nous convaincre qu’il y a une sorte de contradiction entre ces deux termes. Dans le discours stérile et politiquement correct où nous sommes tous plongés, personne n’ose remettre en question cette pétition de principe. Mais il faut dire la vérité : ils ont tort. Les juifs et les sionistes ne constituent absolument pas une opposition binaire. Ils constituent même l’exact opposé, c’est à dire deux catégories complémentaires. Une alternative juive au sionisme (c’est d’ailleurs la seule) est l’option pour l’assimilation. Ceux qui sont au courant de l’histoire du mouvement sioniste savent que ce sont les assimilationnistes qui sont en permanence considérés représenter la plus grave menace possible pour les sionistes.

A la fin du dix-neuvième siècle, le mouvement sioniste se fit jour, en réaction à l’émancipation des juifs d’Europe. Le sionisme avait pour tâche d’empêcher les juifs de se « perdre » par l’assimilation. Voyons ce que Max Nordau trouvait à dire sur le sujet, quand il prit la parole, au Premier congrès sioniste, en 1897 :

« De nos jours, le mot « ghetto » est associé à des sentiments de honte et d’humiliation. Mais le ghetto, quelles qu’aient pu être les intentions de ceux qui l’ont créé, représentait pour les juifs du passé non pas une prison, mais un refuge… Dans le ghetto, le juif avait son propre monde, bien à lui ; il avait un refuge sûr, qui revêtait pour lui la valeur morale et spirituelle de la maison parentale… Leur situation, à l’extérieur, était précaire, et souvent très sérieusement menacée. Mais, dans le ghetto, ils parachevèrent le développement de leurs qualités spécifiques… Telle était la psychologie du juif du ghetto. Puis vint l’Emancipation. La loi garantit aux juifs qu’ils étaient des citoyens à part entière des pays dans lesquels ils vivaient… Ils avaient, désormais, une autre demeure ; ils n’avaient plus besoin d’un ghetto ; ils avaient désormais de nouvelles relations, et ils n’étaient plus contraints à n’avoir une existence que parmi leurs coreligionnaires… Désormais, ils aspiraient à être associés et assimilés le plus étroitement dans des lieux d’excellence, ce qui fut leur salut. Ils observaient un véritable mimétisme, et durant une génération ou deux, le juif fut autorisé à croire qu’il était simplement allemand, français, italien, etc… Le juif émancipé n’est pas sûr de lui, dans ses relations avec ses semblables, il est timide avec les étrangers, il est soupçonneux, même, vis-à-vis des sentiments secrets que peuvent secrètement nourrir ses amis à son endroit. Ses meilleures capacités s’épuisent dans ses tentatives de supprimer, ou tout au moins de cacher tant bien que mal son véritable caractère. »

Peu de place, ici, pour l’ambiguïté. Nordau méprise les juifs émancipés et assimilés, qu’il considère comme des être inauthentiques et dénaturés.

Moses Hess, célèbre socialiste qui fut le premier juif assimilé à adopter le sionisme, a averti ses frères juifs, en 1862, leur disant que tous leurs efforts pour jeter leur judaïté aux orties demeureraient vains. Son argumentation était outrageusement raciste : « Le nez des juifs ne peut être arrangé, et les cheveux noirs et frisés des juifs ne seront pas mués en cheveux blonds par la conversion, ni défrisés par un usage constant du peigne ». Pour Hess, l’assimilation était impossible, essentiellement en raison du fait que « chaque juif est, qu’il le veuille ou non, lié à sa nation dans son entièreté, par des liens indissociables. »

Nachman Sirkin, sioniste socialiste, dirigea ses attaques uniquement contre les juifs socialistes cosmopolites. Pour lui, « le socialisme signifiait, avant tout, l’abandon de la judaïté, tout comme le libéralisme de la bourgeoisie juive conduisait à son assimilation. »

La peur que les sionistes ont de l’assimilation ne s’est jamais démentie. Golda Meir aimait à répéter que la plus grande menace, pour l’existence des juifs, était celle que représentaient les mariages mixtes, aux Etats-Unis. Ce n’était pas les Arabes, ce n’était pas les antisémites, ni les Palestiniens, qu’elle n’a jamais reconnus, en dépit de sa longue carrière politique. Non : c’était les mariages mixtes, en Amérique. En fait, Meir était terrifiée à l’idée que la race juive risquait d’être un jour contaminée.

Comme nous le voyons, le sionisme a toujours été clair, quant à sa position vis-à-vis de l’assimilation. Le juif assimilé a toujours représenté, pour lui, l’ennemi principal. C’est un ennemi, parce qu’à la différence du juif de gauche, il n’est pas partie prenante au jeu sioniste. A ses débuts, lorsque le sionisme n’était encore qu’un mouvement marginal, l’approche assimilationniste était compréhensible. A l’époque, l’assimilation était très attractive. La majorité des juifs européens recherchaient les moyens de se fondre dans leur réalité environnante. La plupart d’entre eux recherchaient des opportunités nouvelles, hors ghetto. Les sionistes, désespérés, en vinrent même à négocier avec les antisémites les plus véhéments, à l’époque, en Europe. Dans leur liste – interminable – on relève les noms de Vyacheslav von Plevhe, ministre russe à l’origine du pogrome de Kichinev (Chesnau), le nationaliste ukrainien S. M. Petlura et, bien entendu, beaucoup d’articles ont été écrits sur la collaboration entre l’Organisation Sioniste Mondiale et les nazis. Les sionistes promirent d’aider à débarrasser l’Europe de ses juifs (sans distinction : les sionistes et les juifs assimilés). Les juifs assimilés étaient considérés par les sionistes comme leurs ennemis. C’est étrange, étant donné que les juifs assimilés n’ont jamais été organisés politiquement. Le seul mouvement non-sioniste qui eût quelque visibilité, à l’époque, était le Bund juif, une organisation juive socialiste, qui affirmait que les juifs devaient prendre part à la révolution socialiste mondiale, plutôt qu’émigrer en Palestine.

Au vu de l’histoire de l’animosité des sionistes vis-à-vis des juifs assimilés, il est plutôt surprenant de voir, ces jours-ci, tant de juifs laïcs s’opposer au sionisme au nom de leur identité juive non-religieuse. En pratique, ils finissent tous par adopter la manière sioniste de voir les choses. Maintenant que les Israéliens et les sionistes savent que leur rêve de salut national est condamné à l’échec ; maintenant que l’épuration ethnique bat son plein, en Palestine – il est grand temps de lutter contre le sionisme par tous les moyens et méthodes. Dès lors qu’il s’agit d’un agenda politique juif séculier, une réelle assimilation serait sans doute la solution la plus appropriée. C’est en qualité d’être humain qu’il faut combattre le sionisme ; en « Anglais juif », et non en « Juif qui aime l’Angleterre » ; en tant qu’ « être humain qui se trouve être juif » et non en « juif qui s’affirme humaniste ». Les juifs, dans le monde entier, et en Israël, doivent faire savoir aux sionistes que le monde, là, dehors, est autrement plus attirant que le rêve raciste, colonialiste, assassin que les sionistes ont à leur offrir. Si les juifs de gauche sont sincères, dans leur lutte contre le sionisme, ils doivent cesser totalement de se servir de leur identité juive comme d’un pilier de leur argumentation. S’ils restent planqués derrière leur identité juive, alors nous pouvons douter de leur prétention à représenter un sionisme soft, « de gauche ».

La critique du judaïsme séculier ne sera efficace que lorsque la question ethnique juive aura été totalement éliminée du corpus de toute argumentation critique. Les juifs sont au mieux de leur forme une fois qu’ils ont quitté le ghetto, physiquement et mentalement ; lorsqu’ils s’adressent au cœur de leurs interlocuteurs, sans se présenter ni en victimes, ni en peuple élu, ni en modèles à suivre ; lorsqu’ils rejoignent la famille humaine, sans préjugé.

Cela porte un beau nom : assimilation.

De l’antisémitisme
par Gilad Atzmon, 16.12.2003

A la lumière du débat croissant lancé par des hommes politiques israéliens et des zélotes sionistes au sujet de la flambée alléguée d’un nouvel « antisémitisme », je veux affirmer aussi fortement que cela m’est possible ce qui suit : l’antisémitisme n’existe plus ! Dans le contexte de la réalité dévastatrice créée par l’Etat juif, l’antisémitisme a cédé la place à une réaction politique normale. Je ne nie pas que des biens juifs fassent parfois aujourd’hui l’objet de mutilations et de déprédations. Je ne nie pas que des synagogues soient attaquées, que des tombes juives soient brutalement profanées. Non. Ce que je dis, c’est que ces actes – totalement illégitimes – doivent être vus pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des réponses politiques et non des actes à motivation raciste, ni des crimes dont le mobile serait une haine « irrationnelle ». Dès lors qu’Israël est l’Etat du peuple juif et que les juifs eux-mêmes ne protestent pas collectivement contre les crimes perpétrés en leur nom (par cet Etat), toute personne juive, tout symbole juif et tout bien juif deviennent des intérêts israéliens et, par tant, des cibles potentielles pour des actes terroristes. Il incombe au peuple juif de prendre position contre leur Etat (juif) et de se dissocier de leur mouvement national zélote.

Si – imaginons – nous nous réveillons, demain matin, pour découvrir qu’une énième « cible molle » américaine (comme ils disent) a été pulvérisée, personne n’aura l’idée de suggérer qu’il s’agissait d’une « attaque anti-américaine à motivation raciste ». Nous serions naturellement enclins à penser que cet incident serait un « acte terroriste » contre des « intérêts américains ». Nos analystes politiques nous diraient sans doute qu’il s’agissait d’une forme de représailles contre le « colonialisme », l’ «expansionnisme » ou le « soutien au sionisme » américains, etc. etc. Les sionistes voulant qu’Israël soit perçu comme « une nation parmi les nations », nous ne devons en aucun cas les traiter comme des cas à part. Nous devons les traiter comme nous le faisons des Américains et des Britanniques, qui ont déjà pris conscience du fait que leur divers intérêts expansionnistes de par le monde sont exposés à une menace très sérieuse. Dès lors que nous commençons à partager l’exhortation des sionistes à considérer que la judaïté est une catégorie nationaliste plutôt que religieuse, alors, nous devons être logiques avec nous-mêmes et considérer que tout acte anti-juif est une réaction politique, et non une agression raciste irrationnelle. Autrement dit : le succès du sionisme annihile toute possibilité, pour l’antisémitisme, d’exister.

Cette dernière proposition choquera certains, parce que les sionistes ne cessent de nous répéter que l’antisémitisme est un phénomène croissant. Le sionisme est alimenté par l’antisémitisme. Les sionistes ont absolument besoin d’actes antisémites afin de justifier ce qu’ils affirment, à savoir que l’Etat d’Israël est la seule option possible, pour la survie des juifs. Les sionistes ont compris depuis fort longtemps que ce sont les actes antisémites qui poussent les juifs à accepter et à soutenir l’idée d’un Etat juif. En conséquence de quoi, pour promouvoir les intérêts sionistes, Israël doit générer un sentiment anti-juif conséquent. A cette fin, la cruauté envers les civils palestiniens est un des moyens favoris d’Israël. Ainsi, nous sommes confrontés à une sorte de cercle vicieux : les Israéliens commettent des atrocités contre les Palestiniens ; quelques sentiments anti-israéliens mûrissent et se manifestent sous la forme d’attaques verbales ou physiques sporadiques contre le peuple juif et des intérêts juifs ; les juifs, de par le monde, se sentent à juste titre menacés et ils ont tendance à soutenir de plus en plus Israël ; certains, parmi ces juifs, immigrent en Israël ; encore plus de terres palestiniennes sont confisquées ; la colère anti-juive s’accroît, dans le monde entier. Tel est le mouvement perpétuel inventé par le sionisme. Hélas, il est sacrément efficace ! Il fonctionne sans interruption depuis les premiers jours du sionisme. Les dirigeants sionistes allemands furent très prompts à accueillir Hitler et le régime nazi (le Dr. Joachim Prinz, dans l’Allemagne de 1933, n’en est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres). Parfois, c’est le Mossad lui-même qui a perpétré des agressions contre les juifs afin de les « pousser dans la bonne direction » (ainsi des attentats contre des synagogues, en Irak, dans les années 1950).

La perpétuation des sentiments anti-juifs à laquelle veille le sionisme a deux objectifs principaux. Le premier, c’est tout simplement de convaincre les juifs qu’Israël représente leur choix le plus sûr. Le second est plus intéressant : il s’agit d’empêcher toute possibilité de critiquer Israël. Les lobbies sionistes veulent faire passer toutes les opinions critiquant Israël pour une forme d’ « antisémitisme ». Les sionistes sont désormais très bien entraînés, ils sont devenus les maestros lorsqu’il s’agit de jouer sur la corde de la culpabilité des Gentils. Cette méthode est extrêmement efficace, parce que la majorité des Occidentaux ne voient pas la tromperie vicieuse qui est consubstantielle à l’identité sioniste. Le sionisme est fondé sur une cristallisation très spécifique de l’identité juive, qui prend la forme d’une synthèse entre la conscience raciale, la conscience religieuse et la conscience nationale.

Tandis qu’il est plus que légitime de critiquer toute forme de fondamentalisme raciste et de zèle nationaliste, les sionistes font de toute attaque contre leur entreprise une agression contre la religion juive ou la liberté de pensée, voire même contre le droit des juifs à l’existence.

Examinons quelques arguments typiques, développés aujourd’hui par les sionistes :

a. Le syndrome des « Sages de Sion » : les sionistes se plaignent que les juifs continuent à être associés à une conspiration visant à gouverner le monde au moyen de lobbies politiques, des médias et de la finance.

La suggestion qu’un tel complot puisse exister est-elle réellement une accusation infondée ? La liste ci-après est fièrement affichée par plusieurs sites ouèbes des juifs américains :

Les juifs dans l’administration Bush :

Ari Fleischer
Porte-parole de la Maison-Blanche

Josh Bolten
Vice-Directeur du personnel (Maison Blanche)

Ken Melman
Directeur Politique (Maison Blanche)

David Frum
Rédacteur des discours présidentiels

Brad Blakeman
Chargé de l’Emploi du temps à la Maison Blanche

Dov Zakheim
Vice secrétaire (Contrôleur) à la Défense

Paul Wolfowitz
Vice secrétaire à la Défense

I. Lewis Libby
Chef du cabinet du Vice-Président (Dick Cheney)

Adam Goldman
Chargé des relations avec la communauté juive (Maison Blanche)

Chris Gersten
Chef de cabinet du Secrétaire de l’Administration de la famille et de l’enfance
(HHS - Ministère de la Santé)

Elliott Abrams
Directeur du cabinet du National Security Council, chargé de la démocratie, des droits de l’homme et des opérations internationales

Mark D. Weinberg
Vice-secrétaire au Logement et à l’Urbanisme

Douglas Feith
Sous-secrétaire à la Défense pour les questions politiques

Michael Chertoff
Chef du service criminel au ministère de la Justice

Daniel Kurtzer
Ambassadeur des Etats-Unis en Israël

Cliff Sobel
Ambassadeur aux Pays-Bas

Stuart Bernstein
Ambassadeur au Danemark

Nancy Brinker
Ambassadeur en Hongrie

Frank Lavin
Ambassadeur à Singapour

Ron Weiser
Ambassadeur en Slovaquie

Mel Sembler
Ambassadeur en Italie

Martin Silverstein
Ambassadeur en Uruguay

Jay Lefkowitz
Conseiller en second auprès du Président (Bush) et Directeur du Conseil de Politique Intérieure

Que je vous rassure tout de suite : du temps de l’administration Clinton, c’était encore pire ! Bien que les juifs ne représentent que 2,9 % de la population des Etats-Unis, c’est le pourcentage ahurissant de 56 % qu’atteignait le nombre de personnes nommés à des postes politiques par Clinton. Ah bon : « une coïncidence », dites-vous ? Personnellement, je ne le pense pas.

Nous devons nous poser la question de savoir ce qui motive les juifs américains à conquérir une telle puissance politique ? Est-ce un souci sincère des intérêts des Etats-Unis ? Sous peu, le nombre des soldats américains tués en Irak ne cessant de s’accroître, le peuple américain commencera à se poser exactement cette question.

L’Amérique jouissant actuellement du statut d’unique superpuissance mondiale et tous les juifs ci-dessus déclinés se déclarant sionistes fervents, nous devons commencer à prendre très au sérieux l’accusation portée contre le peuple juif – à savoir : qu’il cherche à contrôler le monde. Il ne fait aucun doute que les sionistes, qui sont les juifs les plus radicaux, les plus racistes et les plus nationalistes entre tous, ont d’ores et déjà réussi à faire de l’Amérique l’exécutant d’une mission qui lui a été impartie par Israël. La superpuissance numéro un dans le monde n’existe qu’afin de garantir la prospérité et la sécurité de l’Etat juif. Sa prise de position unilatérale et pro-sioniste sur le conflit israélo-palestinien, le veto américain pavlovien contre toute résolution onusienne estimée « anti-israélienne », la guerre contre l’Irak et aujourd’hui les bruits de bottes contre la Syrie : tout cela ne laisse aucun doute quant au fait que les intérêts défendus aujourd’hui par l’Amérique sont les intérêts sionistes. Les juifs américains organisés ne cessent de tenir des débats autour de la question de savoir si « Les Protocoles des Sages de Sion » sont un document authentique ou, au contraire, un faux sans aucune valeur. Mais il est indéniable que les juifs américains s’efforcent bel et bien de contrôler le monde, par délégation. Jusqu’ici, ils s’en tirent très bien, en tout cas pour ce qui les concerne. La question de savoir si les Américains sont ravis au constat de la détérioration de la position de leur pays trouvera, n’en doutons pas, bientôt une réponse.

b. A l’occasion, les sionistes ne rechignent pas à avancer l’argument selon lequel, si le nationalisme juif est exécrable, il en va de même de tout autre nationalisme…

Pour ma part – désolé – je dirai que le nationalisme n’est pas le problème. Etre nationaliste – tout comme être religieux ou être un fan de musique punk –, c’est une question d’appartenance. En revanche, le nationalisme juif est totalement inacceptable, car il est basé sur des fondements racistes et sur le fondamentalisme religieux. Le sionisme, qui s’est fait passer – au début – pour un mouvement laïque, a développé des ambitions très concrètes relatives à la terre de Canaan. Ces aspirations se fondaient sur la promesse biblique. Et il est de fait que les sionistes ont été très habiles à faire des Saintes Ecritures un document juridique. Il s’agissait, là, déjà, de la pire distorsion possible du texte spirituel juif le plus sacré. Mais les sionistes ne s’en sont pas tenus là…

Si être juif est une question de « race » (vous êtes juif si – et seulement si – votre mère est juive), les sionistes pensent que l’ensemble de la Palestine n’appartient qu’au seul peuple juif. Pour dire les choses à la manière des sionistes, disons que la totalité de la Palestine appartient à l’ensemble de l’ethnie juive. Ce genre d’idée devrait nous rappeler la philosophie expansionniste des nazis. Mais il conviendra de nous souvenir que le sionisme est antérieur à l’idéologie nazie. C’est l’idéologie nationaliste juive qui a introduit la notion d’ « espace vital » et celle de l’expulsion des indigènes, bien des années avant la naissance d’Hitler. En toute logique, si le nazisme est considéré comme une expression inacceptable du nationalisme, il devrait en aller de même en ce qui concerne le sionisme.

Mais attendez : il en faut plus, pour arrêter les sionistes ! Ils vont vous clamer, sur le ton des donneurs de leçon, que les juifs ont droit à l’autodétermination. Ils vont argumenter, disant que les juifs, comme toute autre nation, ont droit à un territoire. Qu’il en soit ainsi, ou non, peu importe. Quand bien même admettrions-nous que les juifs ont un droit à posséder un foyer national, ce foyer national ne saurait être créé sur le dos des Palestiniens, ou de qui que soit d’autre.

Nous avons, tous, une tendance naturelle à associer au nationalisme une référence géographique. Le peuple français, par exemple, ce sont les individus qui vivent en France, ou qui y sont nés. De même, les Américains sont des individus qui ont vécu en Amérique ou qui y sont nés. Mais lorsqu’il est question du nationalisme juif, il n’y a aucune revendications de liens géographiques, mais plutôt une notion particulière d’aspiration de nature géographique. Tout juif de Brooklyn (Ville de New York), ou de Golders Green (quartier de Londres, Grande-Bretagne) est éligible à la nationalité israélienne, au détriment du peuple palestinien. Cette forme de nationalisme est unique en son genre : il s’agit d’une forme de nationalisme colonialiste, raciste et expansionniste. Le nationalisme juif serait défini, de manière plus appropriée, comme un mouvement impérialiste international, spécialisé dans la colonisation de la Palestine.

Il convient de noter que le nationalisme palestinien est fondamentalement différent de sa contrepartie juive. Il s’agit d’un nationalisme multiculturel, fondé sur une société multiethnique. Le nationalisme palestinien a une assise géographique. C’est le fait de vivre en Palestine qui est constitutif d’éligibilité à l’identité palestinienne. Chez les Palestiniens, vous trouverez des Palestiniens juifs, des Palestiniens chrétiens de multiples chapelles, des Palestiniens musulmans appartenant, eux aussi, à des groupes différents. (En abordant l’identité palestinienne, je ne nie pas que la possibilité d’affrontements ethniques entre différents groupes soit réelle). Le nationalisme palestinien aboutit à une concrétisation dans une société arabe démocratique et multiethnique. Pas étonnant que le tyran américain soit tellement acharné à le détruire.

c. Les sionistes ne seraient pas contents du tout devant le recyclage des sempiternels vieux « slogans et clichés antisémites ». Ils seraient particulièrement choqués qu’on les blâme encore de la mort de Jésus (Ici, je fais allusion à la réaction de beaucoup d’organisations juives américaines au film de Mel Gibson : La Passion. Beaucoup de personnes, dans le monde entier, ont vu dans le siège imposé par l’armée israélienne à l’Eglise de la Nativité, à Bethléem, une tentative de tuer Jésus « à nouveau ».)

Permettez-moi de suggérer que, sans doute, il serait bon que nous regardions la vérité en face, une bonne fois pour toutes : oui, ce sont les juifs qui ont été les responsables de la mise à mort de Jésus, lequel, je le rappelle au passage, était lui-même un juif palestinien. Ceci étant rappelé, deux questions doivent être posées :

1. Comment peut-il se faire que des gens, vivant aujourd’hui, se sentent (ainsi) responsables, ou punis, pour un crime commis par leurs arrière-arrière-arrière… grands-parents, voici près de 2 000 ans ? Je suppose que les juifs qui se mettent en colère lorsqu’on leur reproche d’avoir tué Jésus sont ceux qui s’identifient aux assassins de Jésus. Ce sont ceux qui commettraient à nouveau ce crime, si c’était à refaire, aujourd’hui. Ces juifs là s’appellent les sionistes, et ils ont déjà entamé leur dixième décade de crimes inhumains contre le peuple palestinien et le monde arabe. Le sionisme, pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est la répétition de la pire époque de l’ère du judaïsme biblique. Il n’est dès lors aucunement surprenant que les sionistes aient sélectionné les chapitres les plus suicidaires de l’histoire juive (comme les épisodes de Massada et de la révolte de Bar Kochba) pour en faire les pierres angulaires de leur culture ressuscitée. Mais, d’un autre côté, force est bien de féliciter les sionistes pour leur logique. Ils assènent que l’ensemble de la Palestine appartient aux juifs parce que leurs ancêtres juifs y vivaient, voici deux millénaires. Les juifs qui tentent (plutôt mal que bien) de vivre sur les terres volées aux Palestiniens, de nos jours, considèrent être les mêmes que ces juifs qui vivaient en Palestine il y a deux mille ans. Cela explique sans doute pourquoi les sionistes montent sur leurs grands chevaux quand on les accuse des exactions de Judas. Ils sont piqués au vif, parce que ce sont, tous autant qu’ils sont, des Judas. Puis-je rappeler au lecteur que les Judas d’aujourd’hui possèdent des centaines de têtes nucléaires et qu’ils n’ont signé aucun traité international en matière de contrôle de ce type d’armes ?

2. Comment se fait-il que les juifs, qui ne cessent d’exiger du monde chrétien qu’il présente ses excuses pour son implication dans d’anciennes persécutions, n’aient jamais songé que le temps était peut-être venu, pour eux, de demander pardon pour avoir mis Jésus à mort ? Personnellement, je n’irais pas demander aux Italiens de s’excuser, au nom des Romains, pour la part qu’ils ont prise dans l’exécution du Christ, pour la simple raison que les Italiens ne se sentent pas le moins du monde offensés lorsqu’on accuse les Romains de cette mise à mort du Christ. Je dis simplement que, si un juif se sent offensé lorsqu’il en est accusé, cela ne fait que révéler son attachement aux tortionnaires. Il est sans doute grand temps, pour l’Etat juif, de demander pardon, au nom du peuple juif, pour leur comportement immoral.

J’imagine aisément que la réalité linguistique que je vais exposer ci-après est ignorée par la plupart des non-juifs. Les juifs n’emploient pas le nom « Jésus » lorsqu’ils font référence au Christ. En lieu et place, ils utilisent le mot hébreu « Yeshu », qui signifie : « Puisse sa mémoire être effacée à jamais » [ce nom est l’acronyme de l’expression suivante : Yeshu = « Yimach Shemo Vzichro »]. Je ne peux imaginer un seul instant que la plupart des juifs ordinaires ignorent l’étymologie du surnom de Jésus : Yeshu. En hébreu, dans la hiérarchie des insultes, c’est la plus grave et la plus infamante. Cette combinaison de mots est généralement employée à la suite des noms d’Hitler et d’autres monstres du même acabit. Ainsi, il appert que Jésus est considéré par les maîtres spirituels juifs représenter l’incarnation du mal absolu. Je me demande souvent : si Jésus était aussi horrible qu’Hitler (aux yeux des rabbins), pourquoi, alors, les juifs sont tellement offensés lorsqu’on les accuse de l’avoir tué ? Pourquoi ne considèrent-ils pas sa mise à mort comme le chapitre le plus glorieux de leur histoire ?

d. Les sionistes sortent toujours de leurs gonds lorsqu’on les compare aux nazis. Ils disent aussitôt qu’affirmer « les victimes d’hier sont devenues les bourreaux, aujourd’hui » est une forme de « déni de l’Holocauste », de « négationnisme », et ils avancent même que le fait de présenter Israël comme la source de tous les maux reviendrait à justifier l’Holocauste. A ma grande honte, je dois bien avouer que le comportement d’Israël explique pour partie les persécutions subies par les juifs à travers les siècles. Sans doute le temps est-il venu de faire un sort à la notion de « déni de l’Holocauste » ?

Les Occidentaux redoutent plus que tout d’être associés à une quelconque forme de déni de l’Holocauste. Dans certains pays, le négationnisme est un crime légal. Des années durant, j’ai affirmé que le négationnisme n’est pas un sujet particulièrement intéressant, parce qu’il s’agit d’une notion bien trop large. En pratique, quiconque tente de s’opposer à l’interprétation sioniste officielle de la Seconde guerre mondiale devient immédiatement « négationniste ». Certains sionistes sont même allés jusqu’à accuser Roberto Benigni de négationnisme après qu’il eut produit son chef-d’œuvre : La Vie est Belle [Grand Prix du Jury – Cannes 1998, ndt].

Certes, pendant un bon bout de temps, les sionistes ont accumulé les succès. Ils ont réussi à empêcher que le monde étudie l’histoire du sionisme. Peu de gens, en Allemagne, en Israël ou n’importe où ailleurs, sont au courant de la collaboration intense entre les sionistes et les nazis, avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Je ne suis pas historien et la question de savoir si ce sont plutôt 6 millions de juifs ou plutôt 5 500 000 qui sont morts dans l’Holocauste n’est pas mon principal souci. Pour moi, le fait de tuer est en soi une catastrophe, et une « tuerie en série organisé par un Etat » est une catastrophe colossale, absolument insupportable. C’est pourquoi la forme de négationnisme qui me dérange réellement est celle qui consiste à nier l’Holocauste, en cours, des Palestiniens. Cet Holocauste est attesté, il est couvert, jour après jour, par les médias occidentaux. La transformation des villes palestiniennes en camps de concentration ; le fait de pousser délibérément la population palestinienne à la famine ; le refus de secours médicaux à des civils palestiniens ; un mur qui déchire la Terre sainte en cantons isolés et en bantoustans ; le bombardement incessant des civils par l’armée israélienne – tout cela, tout le monde le sait. Cet Holocauste est perpétré par l’Etat juif avec le soutien de la juiverie mondiale. Cet Holocauste, en dépit du fait qu’il est bien couvert par les médias, est encore largement ignoré. Il s’agit là de la forme la plus grave de négationnisme. Plus : je soupçonne les sionistes de soulever la question du négationnisme afin de tenter de cacher leurs propres atrocités derrière ce rideau de fumée. Les sionistes : voilà qui il faut accuser. De commettre un holocauste. Et d’être les premiers à le nier. Et il faut les condamner.

Israël et l’entreprise sioniste sont les principaux responsables de toute outrance anti-juive. Il est grand temps, pour les juifs, de se dresser contre leur mouvement nationaliste. Il est plus que temps, pour le monde, de se dresser contre les crimes du sionisme. Comme l’a montré un sondage récent effectué dans l’Union européenne, 58 % des Européens voient dans Israël la plus grande menace pesant sur la paix mondiale. Ils ont ouvert les yeux, ils voient juste. L’Etat juif doit être stoppé. Le plus tôt sera le mieux.

Je sais ce que les sionistes vont me dire : ils vont tenter de remettre leur argumentation au goût du jour et affirmer que le véritable antisémitisme est en réalité une haine aveugle envers les juifs, quoi qu’ils fassent, quelles que soient leur politique ou leurs exactions. Ils vont me dire qu’un juif est haï, pour la seule raison qu’il est juif. Je leur répondrai que, même si une haine telle qu’ils disent pouvait exister, rien n’autoriserait à la qualifier d’ « antisémitisme ». C’est de la xénophobie, telle que la définit le Dictionnaire d’Oxford : « un dégoût ou une crainte intenses à l’égard de personnes étrangères. »

Peut-être que les juifs ne sont pas aussi uniques qu’ils le prétendent, finalement…

[Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier]


Les erreurs les plus fréquentes du peuple israélien
par Gilad Atzmon
24.08.2003

[Gilad Atzmon est un écrivain israélien important, musicien et ami de ce forum de discussion]

Les erreurs les plus communément commises par les Israéliens sont les suivantes :

1 – Ils ne comprennent pas qu’il n’y a pas de différence significative entre Tel Aviv et une colonie juive en Cisjordanie ;

2 – Ils pensent que la création de l’état d’Israël était une conséquence de l’Holocauste ;

3 – Ils se considèrent comme un peuple innocent, et donc, comme les victimes du conflit israélo-palestinien ;

4 – Ils croient vivre dans une démocratie, et que par conséquent leurs atrocités sont légitimes ;

5 – Ils sont convaincus qu’ils vivent dans une société ouverte, jouissant du pluralisme politique et idéologique ;

6 – Ils croient que le ghetto, c’est terminé ;

7 – Ils sont convaincu que l’idée d’ « Etat juif » est un concept légitime ;

8 – Ils pensent qu’Israël est le refuge de tout le peuple juif et la meilleure réponse à l’antisémitisme ;

9 – Ils se voient en humanistes ;

10 – Ils sont persuadés qu’Israël est immortel.

Tout au long de la relativement brève histoire du nationalisme juif, nombreux sont les juifs à avoir réussi à trouver des failles dans la philosophie sioniste. Ils sont nombreux à s’être détachés du sionisme. Depuis la déclaration de la création de l’Etat israélien, de nombreux Israéliens ont quitté Israël et un nombre non négligeable de juifs, dans le monde entier, ont rejoint le mouvement de libération palestinien. Les Israéliens, en revanche, sont ceux qui ne parviennent toujours pas à comprendre que les dix croyances listées ci-dessus sont des erreurs gravissimes, et même fatales.

On pourrait se demander pourquoi ces erreurs fondamentales sont plus le fait de sionistes, en particulier, et non pas celles de la totalité des Israéliens. En réponse, je dirai que le peuple israélien est constitué de sionistes, quand bien même les Israéliens ont-ils une connaissance très limitée de ce qu’est le sionisme en réalité. La plupart des Israéliens sont nés dans une réalité coloniale et raciste. Ils sont éduqués pour pérenniser le sionisme et non pour l’interroger. Cette acceptation aveugle de l’une des visions du monde les plus chauvines qui soient fait des Israéliens les candidats les plus improbables pour une quelconque forme de négociation de paix.

Voyons ces erreurs, dans le détail

1 – Ne pas comprendre qu’il n’y a pas de différence essentielle entre Tel Aviv et une colonie juive en Cisjordanie

La plupart des Israéliens considèrent les colonies juives dans les « territoires occupés » et les colons comme des obstacles sur la voie de la paix. Les Israéliens, en général et les soi-disant sionistes « de gôche », en particulier, depuis leur univers autocentré, sont absolument convaincus qu’un retrait des forces armées israéliennes jusqu’aux frontières d’avant 1967 leur assurerait la paix. La seule explication plausible de cette conception erronée des choses tient au fait que ce n’est qu’après 1967 que les Israéliens ont été confrontés en face à face avec les Palestiniens qui avaient été épurés ethniquement en 1948 (et qui faisaient « soudain » leur apparition dans la nouvelle extension de territoires occupés). Les Israéliens veulent croire que ce qu’ils ne voient pas n’existe pas. Ils persistent à refuser de reconnaître que la « cause palestinienne » est fondée sur l’exigence justifiée, pour tout peuple, de pouvoir rentrer dans son pays.

La semaine dernière, le ministre Nabil Sha’ath, de l’Autorité palestinienne, a fait la déclaration suivante, au sujet du « droit au retour » :
« La feuille de route pour la paix au Moyen-Orient sponsorisée par les Etats-Unis garantit aux réfugiés palestiniens le droit de retourner dans leurs maisons en Israël ou dans les territoires conquis durant la guerre des Six Jours, en 1967 (haaretz.com, 16.08.2003).
Voyons maintenant quelques commentaires à ce sujet des principaux hommes politiques israéliens :

« Jamais les réfugiés ne seront autorisés à revenir en Israël ». Le porte-parole du gouvernement israélien, Avi Pazner (haaretz.com, 17.08.2003)

« Toute avancée dans la mise en application de la feuille de route dépendra de l’abandon par les Palestiniens du droit au retour à l’intérieur d’Israël » Le ministre israélien de la Santé Dan Naveh (haaretz.com, 17.08.2003)

« Les Palestiniens, toujours et encore, soulèvent un problème insoluble pour eux ». Le secrétaire du parti Travailliste Shimon Pérès (haaretz.com, 17.08.2003).

« Tous les partis politiques, en Israël, sont unanimes dans leur opposition à un droit de retour des Palestiniens en Israël ». Le député travailliste à la Knesset Matan Vilnai (haaretz.com, 17.08.2003)

« Israël et l’Autorité palestinienne ont un intérêt commun à trouver des solutions au problème des réfugiés à l’intérieur des frontières d’un Etat palestinien, et non en Israël. » Le député du parti Meretz, Ran Cohen (haaretz.com, 17.08.2003).

Comme on le voit, les hommes politiques israéliens ne savent toujours pas ce qu’est la cause palestinienne. Ils persistent à attendre des Palestiniens qu’ils renoncent à leurs droits entièrement légitimes. En fait, ils attendent des Palestiniens qu’ils renoncent à être des Palestiniens. J’aurais tendance à dire qu’ils se font des illusions – les Palestiniens ne renonceront jamais à leur droit au retour. Ils ne renonceront jamais à la résistance contre le colonialisme sioniste. Certainement pas maintenant, pas en ce moment, où ils reçoivent un soutien croissant du monde entier. Il n’est pas un seul Palestinien qui ne sache que le sionisme veut faire de toute la Palestine un territoire exclusivement juif. En ce sens, Tel Aviv, qui est située pour partie sur des territoires palestiniens confisqués (Jaffa, Abu Kabir, Sheikh Munis, etc.), et Elon More, une colonie de Cisjordanie, c’est exactement la même chose. Ce sont des colonies juives sur le sol palestinien.

2 – Croire que la création d’Israël est une conséquence de l’Holocauste

Tout d’abord, quelques citations. Eclairantes.

Un juif élevé parmi des Allemands peut adopter les coutumes allemandes, la langue allemande. Il peut être entièrement imbu du fluide allemand, mais le noyau de sa structure spirituelle restera à jamais juif, parce que son sang, son corps, son type physique et racial sont juifs. Vladimir Jabotinsky, dans « Une Lettre sur l’Autonomie », 1904. (Jabotinsky est le mentor idéologique de la droite israélienne.)

« Moi aussi, tout comme Hitler, je crois en la puissance du sang ». Chaim Nachman Bialik, L’Heure présente, 1934. (Bialik est le poète national israélien officiel).

« Eussé-je été juif que j’aurais été un sioniste fanatique ». Adolf Eichmann, 1955, publié dans Life Magazine en 1960. (Eichmnan, officier SS chargé du « problème juif », a fait cette observation en évoquant une visite effectuée en Palestine en 1937.)

Au long des années, le peuple israélien a adopté une vision bizarre de son propre récit historique sioniste. En quelque sorte, les Israéliens ont décidé que leur aventure de colonialisme et de nationalisme militants serait en réalité un « mouvement de recherche de la paix » de la post-shoah. Dans les premiers jours d’Israël, cette notion manipulatrice s’est avérée très efficace à créer du soutien occidental, probablement en raison des sentiments de culpabilité latents chez les peuples occidentaux. Depuis la guerre au Liban, en 1982, l’opinion occidentale a basculé. De plus en plus de gens reconnaissent que ce sont les Palestiniens qui sont en réalité « les dernières victimes d’Hitler ». Tandis que le monde occidental prend conscience lentement mais sûrement des crimes inhumains perpétrés actuellement par Israël, les Israéliens croient encore en l’image qu’ils se sont eux-mêmes fabriquée. Les Israéliens sont convaincus que l’Etat juif a été créé, après l’Holocauste, afin d’assurer un havre sûr pour les Juifs en cas de répétition du désastre. Cette erreur découle en ligne directe de la mauvaise lecture d’événements historiques cruciaux. Israël est le fruit du sionisme, et l’idéologie sioniste était déjà fermement établie, bien avant qu’Hitler ne naisse.

De plus, il y a de bonnes raisons de penser qu’Hitler a développé en partie son argumentaire antisémitique après avoir lu les textes sionistes fondamentaux. De Ber Borochov, il a pu apprendre à quel point les juifs étaient anormaux sociologiquement (« La structure socio-économique du peuple juif diffère radicalement de celle des autres nations. Notre structure est une structure anomale, anormale », Ber Borochov, 1897, publié in Moshe Cohen (ed.), Nationalisme et Lutte des Classes : Une Approche marxiste du problème juif, 1937). De Jabotinsky, il a pu apprendre à quel point la pureté du sang était cruciale. Les citations faites ici suggèrent que le sionisme et le nazisme sont d’une nature très semblable (tous deux sont des mouvements nationalistes inspirés par des concepts de pureté raciale). Une chose, cependant, est certaine : le sionisme a précédé le nazisme.

Par ailleurs, si nous prenons le parti d’accompagner l’auto-tromperie qui fait considérer Israël comme une conséquence de l’Holocauste, nous devrons prendre acte du fait que les sionistes ont toujours été plus qu’enthousiastes vis-à-vis de l’antisémitisme. Aux yeux du sioniste, c’est l’antisémitisme qui poussera les juifs vers leur « foyer national ». Par conséquent, les sionistes ont eu conscience, dès le début, du fait que l’Allemagne nazie représentait pour eux une grande opportunité. Tandis qu’avant-guerre les organisations sionistes collaboraient avec les nazis afin de transférer les biens des juifs allemands vers la Palestine, une fois la guerre déclarée, l’étendue du désastre ayant été déjà largement révélée, les sionistes, dans le monde entier, ont fait extrêmement peu de choses afin d’aider leurs frères et leurs sœurs en Europe. Un incident significatif doit être mentionné à ce propos. Vers la fin de la Seconde guerre mondiale, Adolf Eichmann (agissant pour le compte d’Heinrich Himmler) offrit à Rezso Kasztner, un dirigeant sioniste hongrois, la liberté de près d’un million de juifs, en échange de la fourniture de 10 000 camions. De manière tout à fait étonnante, cette proposition a été ignorée par les organisations sionistes, qui avait pris conscience, à l’époque, que l’annihilation des juifs européens contribuerait à générer suffisamment de soutien, parmi les nations, à la création future de l’Etat juif. Apparemment, l’offre des nazis se réduisit à un seul train et à seulement quelque six cents juifs hongrois, sionistes convaincus. A l’évidence, les sionistes n’étaient absolument pas intéressés par le sauvetage de juifs assimilés ou orthodoxes.

C’est bien triste, mais il nous faut bien admettre qu’au moins tactiquement, l’avenir allait donner raison aux sionistes : la liquidation des juifs européens a bien généré, dans les faits, un immense soutien à la cause sioniste, qui finit par aboutir à la création de l’Etat juif. Néanmoins, si nous faisons nôtre cette manière de penser, nous devons considérer que les dirigeants sionistes sont en partie responsables de la liquidation des juifs d’Europe.

3 – Se considérer innocents, et par conséquent victimes du conflit israélo-palestinien

Je sais : c’est dur à croire. Mais les Israéliens se considèrent effectivement innocents. Même ces Israéliens qui ont personnellement pris part à l’épuration ethnique des Palestiniens et qui les ont terrorisé des décennies durant (tels un Peres ou un Sharon) ont la chutzpah (le culot à la juive) de se considérer victimes. Même le fait évident que depuis un demi-siècle les Israéliens votent constamment en faveur du déni aux Palestiniens de leurs droits les plus élémentaires n’a jamais amené les esprits marqués au coin du sionisme à se tourner vers des observations plus sceptiques. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas un seul parti politique, au parlement israélien, qui reconnaisse le droit des Palestiniens à revenir chez eux.

Lorsqu’on prend en considération le fait que la juiverie mondiale conduite par le gouvernement israélien est joliment efficace lorsqu’il s’agit de formuler des exigences concernant les intérêts juifs d’avant la Seconde guerre mondiale (relatifs à des comptes bancaires ou des biens en Europe orientale), il est tout à fait bizarre que les Israéliens soient aussi doués pour ignorer des droits palestiniens en tous points similaires. Comment se fait-il que les juifs, tellement enthousiastes à pallier aux injustices du système bancaire helvétique sont sourds comme des pots et myopes comme des taupes lorsqu’il s’agit du vol continué, perpétré par eux, du territoire palestinien, des capitaux palestiniens et de la dignité des Palestiniens ? A cette question, je suggère deux réponses possibles :

a – Soit les Israéliens et les sionistes ne sont pas authentiquement concernés par les injustices faites contre leur peuple dans le passé ; seuls l’avidité et l’enthousiasme politique, voire les deux, les motivent.

b – Soit ce sont là gens bien inhabituels, qui ne répondent à aucun modèle humain d’empathie et par conséquent nous ne devons pas attendre d’eux qu’ils ressentent le moindre sentiment de compassion ou de culpabilité au sujet de leurs propres crimes contre les gentils en général et le peuple palestinien en particulier.

Il est largement connu que des milliers de jeunes Israéliens se rendent en Pologne chaque année pour aller visiter les différents centres d’attraction touristique autour du thème de la « Shoah ». Ces voyages sont subventionnés par le gouvernement israélien et de nombreuses organisations juives. On pourrait s’attendre à ce qu’une fois incorporés dans l’armée israélienne, ces fringants petits jeunes appliqueraient la leçon morale et ressentiraient quelque compassion authentique vis-à-vis de leurs voisins palestiniens. Que nenni. Bien qu’il soit très clair qu’ils ont bien effectivement retenu une leçon, ce n’est malheureusement pas la bonne : lorsqu’ils sont envoyés dans les territoires occupés, ils se comportent tout à fait comme la wermacht. Pas étonnant que les Israéliens investissent tant de fric dans ces « voyages éducatifs ».

4 – Etre persuadés de vivre dans une démocratie et que, par conséquent, leurs atrocités sont légitimes

En dépit du fait que plus de la moitié de la population vivant à l’intérieur des frontières d’Israël se voit dénier le droit de voter, les Israéliens se considèrent comme un peuple démocrate. Plus, le peuple israélien (ce en quoi ils peuvent se tenir la main avec la plupart des Américains) pensent que leur « liberté » dans leurs choix politiques leur donne le mandat de décider du sort d’autres peuples. Les Israéliens sont persuadés que leurs actes meurtriers sont totalement légitimes, pour l’unique et simple raison qu’ils sont « la seule démocratie au Moyen-Orient ». Cela peut être expliqué en faisant référence à l’interprétation israélienne du concept juif de l’ « élection (divine, ndt) ». Alors que les juifs orthodoxes considèrent le fait d’être le peuple élu comme un fardeau éthique et spirituel, les Israéliens considèrent leur « élection » comme une sorte de don venu du ciel : c’est une condition dans laquelle vous venez au monde et qui fait de vous un surhomme. En très peu de temps, le peuple israélien a développé un système de « démocratie spéciale peuple élu » qui leur permet, à eux – peuple élu – de dicter leur conception du monde à ceux qui sont trop faibles (pour l’instant, tout au moins) pour répliquer. Il est important de mentionner qu’Israël n’est pas le seul pays à avoir une « démocratie spéciale peuple élu ». La démocratie américaine suit tout à fait une ligne de pensée analogue. Depuis la Seconde guerre mondiale, le peuple américain décide pour le reste du monde comment celui-ci doit contribuer à l’accroissement de la richesse américaine. Pas étonnant, dès lors, que ces deux « démocraties spéciales peuples élus » soient tellement entichées l’une de l’autre !

5. To be convinced that they live in an open society which enjoys political and ideological diversity.


The problem with the [Israeli] left is that they think that being for peace is a matter of singing a song. I say, if you want to sing a song, become a singer. (Shimon Peres, the Independent, 4.8.03)

Israeli people tend to believe that they enjoy a politically diverse society with a real left–right debate. Traditionally, left-wing thinking is identified with a struggle towards social and legal equality while right-wing politics is classed as the endeavors of the strong. Funnily enough, when it comes to Israel such a distinction is not applicable. Zionism is all about being strong and Jewish. Palestinians (and cheap foreign labor) are somehow out of the game. The Israeli left doesn’t try to make them equal players and right-wing Zionists don’t even allow them in the pit. In practice, both the Israeli right and left have adopted Jabotinsky’s right-wing ‘Iron Wall’ philosophy which aims to build a power that ‘the native population cannot break through’ (Vladimir Jabotinsky, ‘The Iron Wall ’, 1923).

I assume the reason that Israelis fail to see that their society lacks any real debate between right and left is because they fail to differentiate between an ideological debate and a political one. While in practice there is no ideological difference between the Likud party and Israeli Labor, Israeli people still regard their political clash as an ideological debate.
In the UK, by contrast, most people now understand that Tony Blair is a Tory leader in Labor disguise. British people are far more advanced than the Israelis in realizing the ideological context of their own political game. In Israel, only very few people grasp that differences between Peres and Sharon are nothing but marginal. If this were not enough, even the left-wing Israeli organizations such as Peace Now, Women in Black and Gush Shalom, who fight courageously for Palestinian rights, support the unacceptable ‘two states solution’. Thinking about those ‘Israeli left’ movements in categorical terms reveals the devastating fact that their political agenda is not at all ideologically far from Sharon’s. As sad as it is to admit, there is no such thing as an ‘Israeli left’.

6. To believe that the ghetto is behind them.

Nationalistic Jewish aspirations started to appear in the late nineteenth century following the emancipation of European Jews. Zionist ideologists followed the growing wave of European nationalism. Early Zionists regarded the possibility of Jewish assimilation as a grave threat to Jewish existence. Many of those thinkers also agreed that Jewish people suffered from severe social malfunctioning, referring to traditional Jewish occupations as non-productive. The Zionist assumption at the time was that this form of unhealthy social condition was a result of living in a ghetto in a foreign land for too long. Zionism was regarded as a remedy for the many different ‘traditional Jewish sicknesses’. It aimed to create a new Jew: a secular, civilized and productive man that lives and cultivates his own land while communicating in his own language (Hebrew), very much the opposite of the eastern European ghetto character. This experiment proved to be very short-lived. In practice, that ‘new Jew’ has never been created.
Zionism has never been a secular movement. While secularity is an alternative philosophy to religion, when it comes to Zionism and Jewish secularity, Zionism rejects some Jewish rituals only to then adopt new ones. From the very beginning Zionism adopted many biblical and mystical heroic Jewish symbols, mostly suicidal ones (the stories of Massada, a tale of collective kamikaze, and Samson, the first Jewish suicide bomber, are typical examples). Moreover, the decision to resurrect the Jewish state in Palestine related directly to the biblical promise. Although in the beginning it looked as if a real effort to establish a Hebraic civilization was being made, every visitor to Israel nowadays would agree that most Hebraic cultural aspects are vanishing from the collapsing Israeli culture.
Even the Hebrew is getting minced by the day. Needless to say, soon after their arrival, the Zionists found that it was far easier to use Palestinian labor than to get burned themselves in the open Mediterranean fields. In retrospect, it would be hard to point out any major cultural Hebraic rebirth except of some barbarian habits that naturally developed during many decades of sadistic oppression. A consideration of the wide and impressive contribution made by Jewish people to world culture will reveal that very little has ever come from the Jewish state. This is not particularly surprising. As we know, very little cultural contribution came out of the Jewish ghetto. When we think of great Jewish thinkers and artists we find that all of them are emancipated Jews who preferred assimilation to Zionism or Orthodoxy. Sharon’s remarkable ‘Defense Wall’ is there to explain why Israel has never been culturally productive. In practice, the Zionists have never left the ghetto; they just moved it from eastern Europe to Palestine.
The concept of segregation is probably inherent to Zionist existence.

7. To be convinced that the ‘Jewish state’ is a legitimate concept.

This mistake results from misreading the twentieth-century cultural shift. When Zionism was born it was more than a legitimate ideological philosophy. It was part of the nineteenth-century European nationalistic movement and developed at a time when hatred of the Other was more than common within European intellectual and political discourse. Revisionist Zionists led by Vladimir Jabotinsky openly praised Italian fascism and regarded Mussolini as their ideological mentor. Further, Jabotinsky adopted the idea of racial purity many years before Hitler even mentioned it. At the time, Zionism wasn ’t the only philosophy to push for a nationalistic state based on racial purity. After World War II and the fall of Nazism, however, things changed. The idea of a state based on racial purity was no longer legitimate. Even the new American form of fascism is multiracial. As a matter of fact Israel is the only remaining example of a nationalistic state based on racial purity. The Jewish state isn’t a legitimate concept anymore.

8. To think that Israel is a shelter for the entire Jewish people and the best answer to anti-Semitism.

It was recently revealed by Mrs Tzipi Livni, the Israeli Minister of Immigration, that Jewish immigration to Israel has stopped completely. In other words, she admitted that Israel is not the most attractive place for Jewish people to come to live in. Not long ago I heard a presentation by a Palestinian spokesman here in the UK. The spokesman was asked whether he could justify Palestinian suicidal acts against Israeli civilians. Saving himself from the over complicated moral aspects of this much repeated question, the spokesman restricted himself to the pragmatic aspects of the different forms of Palestinian struggle. His argument was very simple: ‘If Israel is the state of the Jewish people, it is Palestinian terror that should make this state into a very unattractive place for Jewish people to live in.’ There is no doubt that suicidal attacks are found to be very effective in achieving such an aim. Tzipi Livni’s words confirmed that Palestinian terror is defeating the Zionist venture. But the failure of Zionism is far more dramatic. Not only has Israel not stopped anti-Semitism, if anything, the devastating inhuman crimes that are daily committed by Israel ‘in the name of the Jewish people’ make anti-Semitism into a legitimate philosophy. No doubt the next Jewish disaster is going to be a reaction to Zionism.
(It is important to note again that Zionism is consciously enthusiastic about anti-Semitism. Here we face a vicious circle initiated by the Zionists: Israel deliberately commits inhuman crimes in order to initiate anti-Semitic acts that will supposedly lead Jews towards the realization that Zionism is the one and only solution for the ‘Jewish problem’.)

9. To regard themselves as humanists.

No, this isn’t a joke. In spite of the pain that they inflict on their neighbors, Israeli people still regard themselves as humanists. Moreover, it seems as if the humanist image is very important to the Israeli people. You will find Israeli rescue teams and medical emergency crews in every disaster location around the globe. For some reason, however, you never find those Israeli humanist knights in Gaza or Jenin.

I would assume that the Israeli humanist disguise has something to do with the universal Marxist legacy partially adopted by the early ‘left’ Zionists. That said, we must remember that there is nothing in the Zionist philosophy to echo any universal moral code of behavior. Zionism is all about Jews. It was invented by Jews and can only be applied to Jews. The call for the unification of world proletarianism that appeared for years on some left Zionist papers was a pretentious call with very little behind it. Furthermore, the left-wing parties that were calling for international cosmopolitanism were in practice very active in the robbery of the indigenous Palestinians. The vast majority of Israeli Kibbutzim are located on confiscated Palestinian lands. The robbing of the Palestinian lands stands at the very core of all Zionist philosophies. I believe that the denial of the most basic human rights by the Israeli people can be explained by their self-perception as a chosen race. Why should Palestine belong to the Jews who left it two millennia ago and not to the Palestinians who have been living there since time begun? Probably because Jews are chosen and their biblical text is superior to any other text (including legal documents). How can you be chosen and a humanist at the same time? This is a major question that should be addressed to Israelis. It would appear that in the new Jewmerica dominated world, you are entitled to regard yourself as a humanist as long as you have enough nuclear weapons at your disposal to support your self-image.

10. To be sure that Israel is immortal.

As a matter of fact, Israel is pretty much a dead entity already. It is going through a rapid process of disintegration into isolated sectors that share no common collective aim. Sooner rather than later the currently rejected Israeli sectors will understand that they have far more in common with the Palestinian people than with the Zionist zealots. The so-called ‘left’ Zionists will realize that they have more in common with Nabil Sha’ath and Saib Arikat than with any Likud Party members. The Orthodox Jews will realize that they have far more in common with Islamic fundamentalism than with the so-called Israeli secular liberal front. The new Russian immigrants haven’t even tried to integrate into the Hebraic society which they regard as inferior. The Ethiopian Jews, who are not even allowed to donate blood, and the many oppressed foreign cheap laborers will soon realize that Zionist supremacy is their biggest enemy. The days of the Zionists are numbered. There is no need for a war. Let them destroy themselves in ‘peace’. Within the new self-imposed ghetto walls they surround themselves with they do not have any other option.

Where does this leave us?

It seems as if any form of communication with Israelis is pretty much impossible unless one decides to engage with Israeli self-deception. Since it is clear that the Israelis are pretty good at self-destruction, we need only help them by serving as a catalyst. A gradual scheme of bans and boycotts would do the job. We must start with cultural boycotts and market boycotts. We must make sure that Zionist and Israeli war criminals are arrested as soon as they land on the free world’s soil (assuming of course that there is such a thing). If these don’t provide the goods we must move forwards and ban Israelis from traveling to Europe unless they state their complete rejection of Zionism. Those many enlightened states who are brave enough to ban anti-Semitism, neo-Nazi propaganda and any other form of racist activity should immediately consider adding Zionist activity to their list of prohibited activities.

It won’t take too long. Facing a moment of truth, many Israelis will be happy to leave Zionism behind and rejoin the human family.

Anatomie d’un conflit intrinsèquement irrésolu. Une réflexion philosophique personnelle
par Gilad Atzmon, décembre 2000

La plupart des commentateurs du conflit israélo-arabe ont généralement recours aux seuls concepts et analyses politiques, historiques et/ou sociologiques afin de tenter de produire un discours faisant sens. Bien que j’apprécie à sa juste valeur l’importance de ces champs analytiques, je vais ici démontrer qu’un autre niveau de raisonnement est possible – et même indispensable – or, ce niveau est systématiquement – il faut le dire : même intentionnellement – ignoré. Je vise ici l’analyse de la « conception (spécifiquement) juive des choses ». Je suggère que la mise au jour de la philosophie sous-jacente à un certain nombre de préceptes juifs fondamentaux rendra manifeste cette réalité terrible : le conflit israélo-arabe est intrinsèquement insoluble.

Depuis longtemps, je ressens un profond sentiment de déception et de désenchantement vis-à-vis du peuple juif, auquel j’appartiens. Comme nous le savons tous, la question de l’identité peut parfois s’avérer complexe. Personne n’a eu son mot à dire au sujet du choix de ses parents, de son lieu de naissance, de son sexe, de son origine raciale, voire même de son héritage religieux. Personne ne m’a demandé si je voulais naître juif ou israélien, ou autre chose. Personne ne m’a consulté, alors que j’étais âgé de huit jours, si j’étais d’accord pour sacrifier une partie de mon anatomie afin de fixer mon identité. Après une semaine d’existence, sans avoir apporté la preuve de la moindre supériorité ou de la moindre excellence en un quelconque domaine, je me suis retrouvé « élu ». Je dois reconnaître que la plupart des juifs que j’aie jamais rencontrés sont plus que satisfaits de leur identité reçue et fiers d’être juifs. Hélas ( ?), ce n’est pas mon cas. Au contraire : plus je vieillis, et plus mon propre peuple me fait honte. Ce papier portera sur ma honte.

Tout d’abord, je dois insister sur l’importance qu’il y a à différencier entre le judaïsme et la vision juive des choses. Le judaïsme est une religion, un ensemble de croyances, de lois, d’idées et de rituels, tandis que la « vision juive » des choses est ce que les juifs font de ces concepts, ce qu’ils retirent du judaïsme pour leur vie pratique. La différence entre judaïsme et vision juive est similaire à la différence entre l’idéologie et la praxis, le marxisme et le stalinisme, ou encore entre le christianisme et l’Inquisition.

J’aimerais analyser ici le concept d’ « élection ». Je suis persuadé que l’ « élection » est l’une des caractéristiques les plus fondamentales de la « vision juive ». On peut supprimer nombre de lois religieuses et de rituels de la vie juive (le mouvement réformiste), on peut même totalement faire abstraction de la pratique religieuse sans que pour autant l’identité juive en ressorte affectée de manière significative (comme nous le savons, il y a beaucoup de juifs non pratiquants). Mais lorsquR